ALŽBĚTA STANČÁKOVÁ

Catégorie(s) : Ils ont séjourné ici

République Tchèque

Du 1er mai au 30 mai 2025

Discipline

Littérature

Biographie

Alžběta Stančáková est une poétesse et autrice de prose reconnue. Lauréate du prix Jiří Orten pour son premier recueil et nommée au prix Magnesia Litera pour le second, son troisième ouvrage est paru cette année. Ses écrits sont traduits en plusieurs langues, dont l’allemand, le polonais, le hongrois et le japonais. Parallèlement à son œuvre littéraire, elle exerce le métier de journaliste.

Notre rencontre avec Alžběta Stančáková

Liberté conditionnelle

 

L’œil, d’abord, glisserait sur le parquet presque jaune d’un vaste bureau, que le soleil éclairerait d’un bel éclat oblique. Alžběta proposerait que l’entretien se déroule ici et ouvrirait la grande fenêtre donnant sur le parc, avec – au loin mais parfaitement visible – la mer (et ses reflets dorés bien sûr). On parlerait de la résidence, du roman qui s’écrit, du parcours, des influences.

 

À La Rochelle, Alžběta Stancáková s’accorderait une pause précieuse : « du temps, de l’espace, de la liberté ». Ce qu’il lui faudrait pour se concentrer sur un roman qu’elle porterait depuis longtemps. Le texte qu’elle écrirait ne serait pas exactement celui qu’elle avait prévu d’écrire, mais un autre, pour un journal peut-être, et ce ne serait cependant pas du temps perdu : « C’est ça, aussi, une résidence : laisser venir ce qui s’impose, estimerait-elle. Ce que je vis ici me servira plus tard. »

 

La jeune poétesse tchèque – trentenaire, deux recueils de poésie à son actif, et un troisième de nouvelles – n’en serait pas à sa première expérience : Budapest, Nuremberg… elle connaîtrait les aléas et les vertus de ces parenthèses d’écriture. À La Rochelle, elle trouverait un agréable équilibre entre solitude féconde et échanges stimulants avec d’autres auteurs. L’endroit lui semblerait cependant presque trop idyllique pour coller à son projet en cours : un roman à la frontière de la satire politique et du récit amoureux. Une histoire de couple, de précarité et de fuite possible. « Dans beaucoup de pays actuellement, l’alternative politique se situe entre libéralisme économique et extrémisme réactionnaire. Les logements sont hors de prix, les salaires stagnent, les aides disparaissent. Je veux voir comment mon jeune couple de protagonistes se débrouille avec ça, et montrer comment l’intime peut s’abîmer dans une société qui ne tient plus debout. »

 

Les personnages de son roman seraient aux prises avec leur époque, mais aussi avec leurs travers, leurs envies contradictoires, leurs renoncements. Ils tenteraient de fuir. À travers eux, Alžběta tracerait une allégorie des dérives politiques de son pays – et, au-delà, du glissement insidieux vers un autoritarisme banalisé. « Je ne dis pas explicitement que ça se déroule en République Tchèque, mais plutôt dans une ‘République de la Responsabilité Personnelle’, où l’on te dit que si tu n’y arrives pas, c’est uniquement de ta faute. La situation sera exagérée. Je veux rester légère, drôle, même sur ces choses graves. »

 

Le parcours de la jeune écrivaine serait lui-même fait de détours. Études de littérature comparée, petits boulots mal payés (manutentionnaire dans une librairie, guide francophone à Prague…), doctorat interrompu faute de moyens. Jusqu’à embrasser la carrière de journaliste, où elle arriverait presque par hasard, grâce à son français et une sérieuse dose de culot. Elle couvrirait l’actualité culturelle à la télévision, tout en poursuivant son chemin d’autrice. Elle aimerait en vivre « mais sans rester chez moi à écrire. » Elle aurait besoin de rester en contact avec la vie réelle.

 

Alžběta dirait se sentir une affinité profonde avec les écritures hybrides, des formes courtes à la frontière de l’intime et du politique, ainsi qu’avec les écrivains francophones dont le français n’est pas la langue maternelle : Rachid Boudjedra, Boualem Sansal… Parmi ses influences, elle citerait volontiers Guillevic, Philippe Jaccottet, Emmanuel Bove. Mais aussi Édouard Levé, et Georges Perec, qu’un ami éditeur à Prague lui aurait fait découvrir.

 

On évoquerait l’apparente influence du premier roman de l’auteur, qui semblerait irriguer son propre récit, mais Alžběta dirait souhaiter sur ce point ne pas trop en dire. On n’en dirait donc rien, ou peu, et de façon détournée, usant de quelque roublardise connivente. Les choses, alors, glisseraient sur le parquet presque jaune du vaste bureau, et éclaireraient l’histoire en cours d’un bel éclat oblique.

 

Philippe Guerry

Projet de Résidence

Alžběta Stančáková travaille actuellement sur un livre en prose, dans lequel elle oscille thématiquement entre la politique et l’amour. Ce thème, déjà esquissé dans ses nouvelles, trouve ici une ampleur nouvelle sur fond géopolitique. Son expérience télévisuelle et ses séjours en France nourrissent cette réflexion, afin de comparer les approches politiques en Europe de l’est et de l’ouest.

Dates à retenir

Atelier d’écriture, le 9 mai à 16h

Avec l’accompagnement et les consignes de l’autrice tchèque Alžběta Stančáková, les publics rochelais sont invités à s’exercer à l’écriture d’une histoire minuscule, ancrée dans un contexte global. S’inspirant du style d’Alžběta, l’atelier convie les participants à tisser une narration entre la réalité politique et l’intimité.

 

Sortie de résidence, le 27 mai à 18h30

Alžběta Stančáková, autrice tchèque, invite les publics à découvrir les extraits de son prochain roman. Ancré dans le contexte politique et médiatique actuel, son écriture tisse un lien entre le réel et l’imaginaire. Elle partagera son processus de création, ainsi que les questions, expériences et découvertes rochelaises qui ont accompagné son travail d’écriture.

Partenariats

Villa Bohêma – résidence littéraire croisée entre La Rochelle et Brno, en partenariat avec l’Institut français de Prague, la Bibliothèque Morave, la Ville de Brno, l’Alliance Française de Brno, le Centre tchèque de Paris et l’Ambassade de France en République Tchèque.

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