
GAËL TCHÊGOUN HOUNKPATIN
Catégorie(s) : Ils ont séjourné ici
Bénin
Du 28 février au 30 mars 2025
Discipline
Théâtre
Biographie
Gaël T. Hounkpatin est diplômé de droit privé et passionné de théâtre et cinéma. Il est chargé de production pour l’association culturelle Baani et joue dans de nombreuses productions. Il se forme à l’écriture scénaristique grâce au programme triptyque Wani-Ayo en 2022 et s’adonne depuis peu à l’écriture dramatique.
Notre rencontre avec Gaël
Retrouver ses esprits
Un des secrets du portrait (on ne devrait jamais dévoiler ses secrets), c’est de s’attacher aux détails comme à l’extrémité d’un fil, de tirer sur le fil et de dévider la pelote. Ensuite, ce n’est qu’une affaire de mots. Comme les espaces de travail des résidents de la Maison des Écritures sont plutôt épurés (un bureau, deux chaises, des murs blancs, ce genre d’épure) et donc plutôt avares en détails, il faut être particulièrement vigilant. En entrant dans le bureau de Gaël, il fallait par exemple remarquer : Récits de guerre, de Saint-Exupéry, posé sur son bureau ; ses clés posées sur Récits de guerre ; une petite peluche posée sur son ordinateur portable.
Remarquer aussi que Gaël Hounkpatin, jeune dramaturge du Bénin en résidence pour quatre semaines, semblait avoir les traits tirés, ce qu’il confirmera à demi-mots : « J’ai mal dormi la nuit dernière. » Au cours de la conversation, il expliquera que le plafond de la chambre de son logement à La Rochelle lui a inspiré la cachette de Oro, la divinité vodoun de la pièce qu’il est venue écrire. Ceci explique peut-être cela.
Le texte, intitulé Quelque chose de vodoun, explore les liens entre guerre, spiritualité et écologie. Elle met en scène Devorah, femme d'un potier enrôlé à la guerre contre la promesse de papiers. Avant de partir, le potier confie sa famille au fameux Oro, divinité de l'air, protectrice de la nature et des êtres. Mais Devorah, sceptique, ne suit pas les rituels de prière. Son mari revient mutilé, elle le rejette, et dans une fuite tragique, elle le prend pour un danger et le tue. De retour chez elle, elle trouve son fils mort, sa maison écroulée. Dans un élan de révolte, elle interpelle alors l'auteur de son destin et le défie.
La pièce met ainsi en dialogue le visible et l'invisible. Marque de fabrique de Gaël, un personnage omniprésent, « la voix », traverse tout le texte, incarnant l’auteur et portant sur la scène les sons que l’on entend habituellement pas : bruits, onomatopées, pensées tues. Le dialogue entre le personnage féminin et l’auteur-créateur interroge le pouvoir de la littérature à imposer des destins et la capacité des personnages à se réapproprier leur récit. Pour Gaël, le duel épique entre Devorah et l’auteur est aussi une manière de convoquer le culte vodoun, ses règles, ses rites, son rapport à la nature. Quelque chose de vodoun pose aussi la question de la place des femmes dans ces cultes traditionnellement réservés aux hommes : Devorah, déterminée à revoir son fils et son mari, exige d’y être initiée, brisant les interdits.
Gaël Hounkpatin se définit comme un dramaturge impliqué dans les questions de société. Juriste de formation et militant d’Amnesty International, il voit dans le théâtre un autre moyen de dénoncer l’injustice et d'interroger le monde. « Ressentir un ‘malaise’ est pour moi un moteur d’écriture. » Sa première pièce, Caléta, inspirée d’un fait réel où un étudiant béninois a été brûlé vif, lui a valu d’être repéré et a fait son chemin, de la Cité internationale de la langue française de Villers-Cotterêts à Avignon. Quelque chose de vodoun entend s'inscrire dans cette continuité. En attendant, le passage de Gaël à La Rochelle l’invite à poursuivre son exploration des frontières entre le réel et l’imaginaire, le conscient et l’invisible. La Maison des Écritures devient espace d’expérimentation où il investit les lieux et leurs bruits. Et c’est comme ça que l’on se retrouve avec des divinités tapageuses dans le plafond, et des nuits écourtées.
Quand on interroge finalement Gaël sur l’inspiration qu’il puise dans Récits de guerre, de Saint-Exupéry, posé sous ses clés sur le bureau, il avoue sans détour ne pas l’avoir ouvert. En revanche, se saisissant de la petite peluche sur son ordinateur portable (toujours s’attacher aux détails), il la désigne comme le fétiche qui l’a assisté dans son travail d’écriture : « elle était là quand je suis arrivé, sa présence était déjà un signe. » (Ensuite, ce n’est qu’une affaire de mots.)
Philippe Guerry
Projet de résidence
Son projet de résidence, Quelque chose de vodoun, explore les parallèles et les intersections entre diverses cultures et la spiritualité vodoun, en mettant l’accent sur la divinité Oro. Enraciné dans une démarche personnelle de compréhension de l’identité et des pratiques religieuses, ce projet vise à créer en deux mois un récit entre fiction et réalité, intégrant les éléments du culte vodoun au sein des contextes géographiques et culturels de La Rochelle.
Les dates à retenir
Atelier d’écriture - 6 mars 2025
Gaël Hounkpatin, dramaturge béninois, explore pendant sa résidence des thématiques telles que la spiritualité, les croisements entre les cultures et pratiques religieuses, la fiction et la réalité.
Quelque chose d’Afrique - 27 mars 2025
Pour clôturer sa résidence, dramaturge et romancier s’allient pour vous offrir un moment de découverte autour de leur projet d’écriture respectif et de leurs thématiques communes. Lecture, mise en voix théâtralisée, cette belle soirée en partenariat avec la Maison de l’Afrique et des Caraïbes et le 4 de la Rue sera suivie par un pot d’amitié.
Partenariats
Résidence prévue dans le cadre du programme PAIR de l’Institut Français.
Photo ©Timothé Favreau