Après la guerre
Les écoles normales primaires de 1945 aux années 1970 : les contradictions progressives d’une institution à deux vitesses
Extrait de l’article de Patricia Legris p55
À la Libération, les EN ouvrent à nouveau leurs portes. Mais, alors qu’avant-guerre elles formaient la quasi-totalité des enseignants du premier degré, elles n’en forment désormais qu’une partie de plus en plus réduite. Ne pouvant recréer le modèle de la IIIe République, elles deviennent des institutions de contournement vers le second degré prenant peu en compte les aspirations de la jeunesse. Ces tensions, vives dans les années 1960, n’empêchent pas la mise en place d’expériences pédagogiques de formation dans une minorité d’entre elles. Les événements de 1968 rendent nécessaires leur ouverture sur la société et transforment à certains égards la vie quotidienne des normaliens. L’histoire de ces « institutions à deux vitesses » à travers les textes qui les réglementent mais également les acteurs qui la font « vivre » met en évidence l’importance du modèle territorial. Cette démarche permet aussi de comprendre le processus progressif d’ouverture des EN qui met fin bien avant 1979 au « modèle sacral » étudié par Gilles Laprévote.
Un recrutement populaire
Au lendemain de la Libération, deux textes remettent en place les EN qui sont néanmoins marquées par l’expérience des instituts de formation professionnelle de Vichy. Les circulaires du 3 et du 26 septembre 1945 maintiennent l’obligation du baccalauréat, tout en souhaitant faire à nouveau de ces écoles des lieux de promotion pour les enfants du peuple cantonnés à l’enseignement primaire. Quatre types de recrutement sont mis en place. Le premier, majoritaire, offre après un examen en fin de 3e, une préparation de trois ans en internat qui mène au baccalauréat, la formation professionnelle (FP) ne durant ensuite qu’une année. Le second recrute les élèves après la seconde ; ils préparent le baccalauréat en deux ans avant une FP en deux ans. La troisième voie d’accès, ouverte aux bacheliers, offre deux ans de FP. Enfin, la dernière voie est réservée aux suppléants détenteurs du baccalauréat qui peuvent être titularisés après une année de FP. Malgré ces dispositions, les EN attirent peu de candidats les premières années.
Dernière mise à jour : 02 décembre 2025
