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Environnement

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mardi 30 octobre 2018

Avec Allain Bougrain-Dubourg

À l’occasion des Journées du Patrimoine, entre une projection/rencontre sur la biodiversité et une lecture/concert au cœur de Charruyer, Allain Bougrain-Dubourg a dit combien il était un enfant (naturel !) de La Rochelle, de ce muséum révélateur de sa vocation, et comment il devint un homme d’action(s), d’engagements, de combats. Bien doux avec ça ! 

J’arrive à La Rochelle, j’ai 10 ans en 6e au lycée Fromentin, d’une famille un peu bourgeoise à Paris, élevé dans le coton. Mais voyant les mauvais résultats scolaires, mes parents ont dit, “Tu vas aller chez les fils de marins pêcheurs voir que la vie n’est pas si simple !“. En pension, tout seul, j’étais complètement perdu. 

J’aimais la nature et les animaux et je me suis réfugié en face, au muséum d’histoire naturelle où j’ai découvert le potentiel d’exotisme de la girafe, des vipères à cornes, et les parties ethnologiques qui me fascinaient. Ça été l’invitation au voyage. 

Vous étiez un curieux de nature ?

La formule s’est enracinée au cours de ces années où j’ai eu la chance d’être pris sous l’aile du directeur du musée et du préparateur qui m’ont initié à la taxidermie, au bagage des hérons, à la capture des serpents. Ma vocation est née ici et j’ai voulu vraiment en faire mon métier. J’ai créé un club, Les jeunes amis des animaux. Mon grand projet c’était de protéger les animaux mal-aimés, les serpents, les rapaces. 

Animal mal-aimé, c’est-à-dire ?

A l’époque on considère que les rapaces sont nuisibles, s’en prennent au gibier. On pose des pièges, on cloue les chouettes sur les portes, on ne comprend pas qu’ils jouent un rôle considérable dans la régulation des petits rongeurs etc., et puis les serpents eh bien, depuis Adam et Eve ils sont nuisibles par excellence! 

Ces animaux n’étaient pas protégés à l’époque et je me disais que si j’arrivais à les réhabiliter aux yeux du grand public en montrant leur utilité, en prouvant que lorsque je tenais une vipère dans ma main elle ne cherchait pas à me mordre, que si j’arrivais à sauver ces mal-aimés, je sauverais l’ensemble du vivant. C’était très ambitieux. J’ai donc créé des conférences avec Jean Rostand, notamment, grand maitre biologiste qui m’a soutenu, j’ai été lauréat de la Fondation de la Vocation, et j’ai commencé à être connu. On m’a proposé de venir parler des animaux à la télévision avec Dorothée sur TF1. Puis on a été virés tous les deux. Eliane Victor nous a dit « Vous êtes fait pour tout sauf pour la TV » (Rires). Alors nous sommes allés sur Antenne2. 

J’ai eu la chance de vivre ma passion et d’en vivre. Et puis, il y avait cette île de Ré où mes parents avaient acheté une maison dans les années 50. Je l’ai gardée et j’y vais chaque fois que possible. Ici j’ai vu naître la réserve naturelle de Lilleau des Niges, et sur la plage, chaque marée m’amenait son lot dont je faisais mon petit musée essayant de mettre des noms latins sur ces objets de la nature. L’île était vraiment le tremplin du rêve vers d’autres continents, d’autres exotismes. 

A vous écouter, cette nature a piqué votre imaginaire de poésie…

Oui bien sûr. Un jour le préparateur du muséum, François Chanudet, m’a dit une chose que je n’ai pas bien comprise à l’époque : “Tu as une chance de plus que tous les autres parce que quoi qu’il advienne tu feras vivre la liberté“. Ce qu’il me disait c’est : si tu es enfermé un jour, une araignée qui tisse sa toile t’aidera à t’évader parce que tu vas être en admiration devant cette araignée. C’est vrai, j’ai eu la chance d’aller filmer la naissance du corail sur la grande barrière, la migration des gnous en Tanzanie, d’aller en antarctique, et je le dis sans démagogie, je serai toujours aussi émerveillé devant une araignée qui tisse sa toile ou une mésange qui nourrit ses petits plusieurs centaines de fois par jour. 

Un émerveillement que l’on n’a pas nécessairement partout. Paradoxalement, lorsqu’on traverse les parcs de La Rochelle on entend des oiseaux. A 10 km de là, au milieu des champs, on n’entend plus rien. Que vous inspire ce constat ? 

Un constat pathétique. Une ville bien gérée, sans cortège chimique, avec des mares, des essences locales, favorise une biodiversité beaucoup plus dense que dans des espaces d’agriculture intensive couverts de maïs. Pas une haie, pas un bosquet. Un désert vert. Il faut aujourd’hui revisiter cette démarche qui n’est pas conforme avec les ressources naturelles. Le maïs avec ses besoins en eau n’est pas fait pour notre région. Et puis je suis désolé de le dire, on entend les céréaliers clamer qu’ils font leur travail pour nourrir le monde… Non ! Ils font leur travail pour faire du business, garder les stocks pour les revendre au moment opportun dans la bourse alimentaire mondiale. Faut arrêter de dire qu’ils sauvent l’humanité. Pour nourrir l’humanité il faut des modes de culture propres à chaque pays, chaque population. L’urgence était légitime pendant les trente glorieuses, mais il ne fallait pas en faire une industrie.

L’apparition sur le marais de Pampin d’une nouvelle sterne dite de pierregarin, quel sens cela a-t-il pour le président de la LPO ? 

Que quand on donne un coup de main à la nature, en commençant par lui foutre la paix, tout en lui offrant les moyens de s’épanouir, il y a une capacité de résilience. Moins de 10 couples de cigogne en France dans les années 70, aujourd’hui il y en a plus de 2000, la Charente Maritime en tête devant l’Alsace. Le grand-duc avait quasiment disparu, le faucon pèlerin idem, et on les voit recoloniser le territoire. Parce qu’on s’est engagé au niveau des mesures interdisant les pièges, les protégeant ou aménageant des espaces comme pour la cigogne, par exemple avec les pylônes en réfléchissant avec RTE comment les accueillir. Là on est dans l’harmonie de l’économie avec la biodiversité et ça me plaît. On a réussi à sauver certaines espèces emblématiques de France mais la petite faune des passereaux, on l’a laissée de côté et c’est aujourd’hui le défi que j’ai lancé et ce sera beaucoup plus dur parce qu’en vérité pour sauver cette petite faune de proximité il faut notamment changer de modèle agricole.

Dans cette vie passée à défendre la cause animale, avez-vous le sentiment d’avoir avancé et fait avancer? 

J’ai quand même une grande frustration parce que j’avais la naïveté de croire, quand j’étais le gamin de Fromentin, que les jeunes de ma génération avaient tout compris par rapport à nos aînés. En fait je me rends compte qu’il faudra encore une ou deux générations pour que les choses changent. La deuxième chose qui me vient à l’esprit, c’est que nos victoires sont d’avantage lorsqu’on empêche la dégradation supplémentaire de la biodiversité que lorsqu’on valorise un espace ou une espèce. En clair on est sans arrêt en train de boucher des trous. Oui, je suis frustré de voir que la victoire c’est empêcher une défaite. 

Tout de même il y a une prise de conscience qui semble se dessiner. On est dans l’urgence mais on a encore la capacité à sauver la vie.

Avez vous encore le temps de passer du temps dans la nature ?

Pas tant que je voudrais mais je fais énormément de déplacements pour la LPO, je continue à faire des tournages, j’ai ma chronique à Europe1 le samedi. Je suis beaucoup sur le terrain dans des conditions privilégiées puisque je rencontre des scientifiques ou des associations qui m’amènent directement sur site et m’expliquent les choses. C’est un bonheur, je ne pourrais pas m’exonérer de cet oxygène.

Repères

1948, naissance à Paris

Vacances dans la maison familiale de l’île de Ré

7 ans de scolarité au lycée Fromentin et de réflexion sur la cause animale au Muséum de La Rochelle

1969 lauréat de la Fondation de la vocation. Sillonne la France avec son expo Le Pavillon de la Nature

De 1973 à aujourd’hui, chroniqueur, animateur, producteur d’émissions de télévision et de radio sur diverses chaînes. Auteur de nombreux livres, documentaires et reportages. 

Depuis 1986, président de la LPO

Nombreuses et spectaculaires interventions contre les chasses illégales

Années 2000-2018 : administrateur/membre notamment du Conseil économique social et environnemental et de la Fondation pour la recherche sur la biodiversité. 

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