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Le journal du marais

Retrouvez le bimestriel " Le journal du marais de Tasdon", deuxième numéro de juin 2020.  

Découvrez ci-dessous l'intégralité des interviews

  • Interview : Simon Baudillon, paysagiste, chef de chantier chez Id Verde de La Rochelle.

    Simon Baudillon va effectuer l’ensemble des plantations sur les îlots et talus de Tasdon et Villeneuve-les-Salines. Une phase de chantier que le confinement a repoussé à l’automne et qui va occuper tous les mois d’octobre et novembre, pour près d’une douzaine de jardiniers-paysagistes, qui vont planter manuellement 63 500 plants d’espèces aquatiques variées, adaptées à ce milieu singulier. Un travail inédit pour l’entreprise, qui n’effraie toutefois pas son directeur.

    « Nous avons déjà fait des chantiers sur des milieux comme les dunes et les digues après la tempête Xynthia. Un marais littoral comme celui de Tasdon, c’est une première pour nous. C’est un milieu singulier, qui demande une approche particulière mais qui ne présente pas de grosses difficultés. Nous avons commencé le chantier en ensemençant les talus et nous attaquons la phase de plantations proprement dite. Nous allons planter manuellement 18 000 plants côté Tasdon, ainsi que soixante-huit arbres, et le reste côté Villeneuve-les-Salines. »

    « C’est un chantier particulier parce que nous travaillons toujours dans l’eau, à planter dans des sols plus ou moins mous. Certaines espèces supportent une immersion de dix à quinze centimètres, d’autres jusqu’à cinquante, on s’adapte donc en fonction de la profondeur des bassins, des banquettes, des bords de talus. Pour assurer une diversité paysagère, nous avons travaillé avec le service Nature et Paysages de la Ville de La Rochelle pour créer des bosquets et des sortes de « poches » d’iris, de roseaux, etc. On recrée de la nature là où elle avait été mise à mal. »

    « Les plants vont s’enraciner cet hiver et, comme dans un jardin, il faudra attendre le printemps pour pouvoir profiter réellement de ce travail. Les îlots vont se couvrir de plantes aquatiques locales. On donne un coup de pouce à la nature, en réimplantant des espèces qui étaient présentes originellement sur le marais, mais que l’asséchement provoqué par les remblais et la présence de plantes invasives avaient fait pratiquement disparaître. »

  • Interview : Florian, chef d’un chantier original

    Florian Bouix est chef de chantier pour l’entreprise de travaux publics Charrier, une entreprise basée à Champagné-les-Marais en Vendée et qui intervient sur des chantiers de terrassement et de transport de matériaux. Le chantier du marais de Tasdon mobilise une dizaine de conducteurs sur les pelles et pelleteuses et jusqu’à trente à quarante camions pour le transport des matériaux remblayés.

    « Les remblais de calcaire et d’argile sont transportés jusqu’au Port Atlantique, où ils vont resservir pour des travaux d’endiguement sur le littoral, sur l’île de Ré ou en Vendée. Le volume charrié est important, même pour une entreprise comme la nôtre, cela représente à peu près 200 000 m3. Les accès sont également compliqués, dans un milieu ont les cheminements sont étroits et fragiles, et avec une forte contrainte environnementale » explique Florian.

    Le volume important, la nature des matériaux, la présence de l’eau et l’intervention dans un milieu fragile sont des enjeux particuliers auxquels l’entreprise sait faire face. Des pelles hybrides sont ainsi utilisées, avec moteurs partiellement électriques et huiles hydrauliques végétales : « les engins sont plus silencieux et leur conduite est moins agressive pour la faune et la flore. Les émissions de Co2 sont moins importantes. L’utilisation d’huiles végétales est également une sécurité pour l’environnement. »

    Plus singulier encore, les conducteurs d’engins sont amenés ici à faire preuve de créativité de l’exécution de leur travail, à l’inverse de ce qui est habituellement demandé : « Nous intervenons le plus fréquemment pour creuser de manière rectiligne, le plus droit possible. Ici, c’est tout l’inverse ! Sur la création des bassins et îlots, on doit ici imaginer des formes qui ne soient pas rectilignes et rendent un aspect naturel. On a de grandes lignes directrices posées par les concepteurs du projet, mais les conducteurs ont carte blanche sur la finition. C’est original pour nous et, il faut le dire, ça a été un peu déconcertant au début. »

     

  • Interview : Nathalie et Philippe, paysagistes et écologues

    Nathalie Cadiou et Philippe Rossier assurent la maîtrise d’œuvre sur le chantier du marais de Tasdon. Paysagistes et écologues au sein de l’Atelier CEPAGE (Conception, Etudes, Paysages et Génie Ecologique), leur travail consiste à concevoir et à suivre l’aménagement de sites naturels. Repérages sur le terrain, inventaire de la faune et de la flore, concertation locale, conception du projet, montage des dossiers, suivi du chantier… leur mission englobe un vaste périmètre. « Nous entrons dans la phase que l’on préfère, témoignent-ils, on recrée des milieux naturels sur un site artificialisé, en imaginant ce que la nature aurait fait. »

    Nathalie : « Nous avons déjà conduit de nombreux projets de création de zones humides, de bassins de rétention d’eaux pluviales à vocation paysagère et écologique. Pour nous, la spécificité du projet sur le Marais de Tasdon est la prise en compte du phénomène des marées, avec la maîtrise fine de la salinité de l’eau par exemple. On a beaucoup travaillé sur la compréhension des systèmes hydrauliques propres aux marais littoraux, et à celui-ci en particulier. Cela paraît simple à première vue de faire revenir de l’eau dans un marais, mais il est nécessaire de rendre cela compatible avec la présence humaine, la préservation des biens, du patrimoine humain et naturel, etc. C’est un vrai travail de dentelière !

    Dans cette tâche compliquée, on a eu un véritable travail de collaboration avec les services de la Ville et, il faut le souligner, avec les habitants, au cours de réunions de concertation très riches, où on sentait un vrai intérêt, une vraie implication des Rochelais quant au devenir de cet espace naturel. »

    Philippe : « Oui, les gens s’épouvantent parfois un peu de nos chantiers, parce qu’on commence bien souvent en effet par faire table rase – même si on essaye autant que l’on peut de conserver ce qui peut et doit l’être. Mais il faut entendre que la nature a un très fort pouvoir de recolonisation. Dans le cas du Marais de Tasdon, on part d’une situation très artificialisée et notre proposition est de retrouver un état antérieur au remblaiement. Ce ne sera sans doute pas exactement comme il était – ce n’est pas possible – mais on va tendre vers une recréation plausible. Et là, effectivement, cela passe par une phase d’enlèvement de certaines choses, mais de certaines choses qui étaient mauvaises, qui étaient présentes pour de mauvaises raisons. Je pense notamment aux plantes envahissantes, comme les cotoneasters par exemple, qui se sont répandues sur ce milieu sec.

    Nous sommes, nous, pour laisser la place aux espèces locales, adaptées à ce milieu de marais. Nous ne sommes pas des grosses brutes qui arrachons sans connaître, nous savons qu’un équilibre naturel va se reformer, et qu’il sera plus riche, du point de vue de la biodiversité, que celui qu’il remplace. »

    Nathalie : « C’est assez rare pour d’avoir cette volonté politique de revenir sur des choses qui ont été malencontreusement faites à une époque et de redonner à la nature des surfaces qui avaient été pré-aménagées pour l’urbanisation. C’est très ambitieux et cela permet de redonner du souffle à ce site. L’envergure des travaux et le résultat attendu sont en outre la garantie de laisser cet espace naturel fonctionnel en ville pendant très longtemps. »

Dernière mise à jour : 24 février 2020

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