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Coefficient de marée à Voir les marées

David Fourrier

Ce fut la fête, et l’on y vint en masque – sur les yeux, pas la bouche ! - pour le grand bal des « 10 + 1 ans », le 1er avril. Avec un bel équipage sur le pont du vaisseau noir et jaune et lui en capitaine, les musiques actuelles ont trouvé leur scène à La Rochelle, et la salle son public, sa vitesse de croisière.

Publication : mai 2022 / Texte : Elian Da Silva Monteiro / Photo : © Marie Monteiro

David Fourrier est né à l’âge de 15 ans dans un bus au départ de Fontenay-le-Comte. Très tôt, entre l’ami disquaire et l’office culturel, il a su ce qu’il voulait dans la vie : être leader d’un groupe de rock ! Vendéen, fils d’enseignants (des gens charmants par ailleurs), il ne pouvait que devenir punk tendance DiY1

« Il ne se passait pas grand-chose en ville dans les années 86-87. J’ai essayé la guitare mais c’était pas pour moi. Alors je suis devenu chanteur. J’avais ce côté leader charismatique incontesté (Ha ha ha !). Puis le leader a été contesté. Ça s’appelait Les Hérisson de l’A10, pour le côté punk avec les cheveux qui piquaient ! On est allés à Nantes présenter notre magnifique spectacle dans le cadre des JMF2. On n’avait pas fini de jouer qu’ils fermaient déjà le rideau de fer. On avait monté un bus pour nos fans, mais y avait eu un arrêt à Vallet3 qui a été fatal à la réussite du projet.

De là vous avez préféré organiser des bus ?...

Le premier pour aller voir U2 à St-Herblain, 23/10/1984 ! Grâce à l’office social et culturel de Fontenay, on imprimait des flyers, on distribuait au lycée et on remplissait les bus. On est partis comme ça voir Simple Minds, Cure, The Stranglers…

Puis il y a eu le premier Rock Festival que vous avez créé à Fontenay ?

Pas tout seul ! Ça se fait toujours en équipe, ces choses-là. On a dit « Y en a marre de prendre le bus pour aller voir des concerts, amenons plutôt des artistes chez nous ». On a organisé ça le 30 avril 88 avec les Fleshtones, Noir Désir, Dogs… Quel capharnaüm ! Artistiquement très bien, et ça a drainé toute la jeunesse du territoire. Mais 850 entrées payantes sur 1500 personnes !... Question comptable, on s’est beaucoup améliorés les années suivantes.

Vous aviez 18 ans, c’était juste avant le bac ?

Ça n’empêche pas de l’avoir ! Et très tôt j’ai su que je voulais travailler dans le domaine musical. Tout était à inventer et il fallait tout faire, décharger un camion, accueillir les artistes, y aller au culot avec les producteurs.

Déterminant pour la suite ?

Oui. Pour les études, sans le dire à la famille, j’ai choisi Bordeaux parce que c’était la ville rock où voir Noir Désir, Strychnine. Et il y avait Le Jimmy pour les cours du soir !

Après ça, des stages, au label Closer avec Stéphane Saunier, le Monsieur Live de Canal+, qui m’a imposé de regarder des concerts en VHS d’Alice Cooper jusqu’à 3h du mat (rires).

Et retour au pays…

À La Passerelle, association militante, j’apprends le job, recherche de partenariats, de subventions… Ensuite à Niort dans une agence d’événementiel, je travaille sur la prog d’une enseigne commerciale. Passer d’un milieu marqué par l’éducation populaire à une zone commerciale, il y a un fossé, mais intéressant à franchir avec carte blanche et totale confiance de la direction. Et toujours être un couteau suisse, capable d’assurer une régie générale tout en répondant à un appel d’offre.

De là j’ai été débauché par Jean-Louis Menanteau sur le projet d’agrandissement de La Nef à Angoulême et la création de la Garden Nef Party. La salle était une référence et Jean-Louis un formidable capitaine. Pour moi ça a toujours été ça, une aventure humaine et un projet à écrire…

C’est ce qui vous a attiré vers La Sirène ?

Quand je travaillais à Fontenay ou Niort j’habitais ici, à 500 m de notre emplacement actuel ! Allant voir des concerts à la Casa, au Ribouldingue, j’avais toujours en tête l’idée d’une salle à La Rochelle. Je savais qu’il y avait un potentiel pour poser un projet comme La Sirène. Quand il s’est dessiné de façon plus précise, La Nef était un peu le maître étalon. Son président Daniel Joulin venait de créer XLR, association délégataire, et il m’a invité à rejoindre l’équipe dans l’aventure. On a écrit le projet, on a répondu à l’appel d’offre et on a été désignés4.

Faut-il être un peu fou pour vouloir inventer une salle, ou audacieux, ou simplement avoir les pieds sur terre ?

Tout à la fois. C’est le travail de gens du territoire, des militants de la première heure qui avaient participé à l’aventure XLR, et d’une volonté politique forte qui donne les moyens de faire les choses en laissant la liberté de concevoir et proposer.

Quelle est la singularité de La Sirène dans le concert des autres SMAC5 ?

Dès le départ, la bonne idée a été de nous associer au suivi du chantier ! On savait ce qu’on voulait. Il y a aussi le positionnement dans un quartier populaire… Ces musiques-là sont plutôt nées dans les faubourgs et les champs de coton ! La grande spécificité c’est aussi les studios où les chants de marins croisent les métalleux et les hip-hopeurs, la vie artistique y bat son plein. On a également été moteur pour établir des partenariats avec les Francos, le conservatoire, le CCN, La Coursive... J’ajoute nos résidences, la qualité du bâtiment, le supplément d’âme de la mer…

 La Sirène aujourd’hui, elle vous plaît ?

Beaucoup. C’est plaisant de travailler dans un bel environnement.

Et demain ?

Elle a 10 ans. L’âge de prendre conscience qu’on est un peu à l’étroit pour les dix prochaines années. Les fondations sont solides, on a créé pas mal d’amitiés autour de cette salle dans la grande diversité des publics. Un dossier d’extension est en cours, il suscite l’intérêt de tous, avec encore une volonté politique d’accompagner la croissance. La Sirène est en bonne santé, les signaux sont positifs, et c’est super de vivre une passion. Si en plus on prend du plaisir…

Pour plus de plaisir, quel artiste, même inaccessible, aimeriez-vous encore amener ?

Si un jour on a la possibilité d’accueillir un projet piloté par Nick Cave et Warren Ellis, des artistes qui m’ont toujours bluffé, l’équipe serait ravie. Ils peuvent venir avec Grinderman6 aussi (rires)… On aura un bel écrin pour les recevoir.

Repères

  • 17 octobre 1969 : naissance à Fontenay-le-Comte
  • 30 avril 1988 : création du Rock Festival à Fontenay. Suivront 13 éditions sur fond de rock indé
  • 1988-90 : IUT Bordeaux.
  • 1990 : divers stages et formation en gestion des entreprises culturelles
  • 1991 : programmateur-directeur adjoint puis directeur de La Passerelle (Fontenay), théâtre, festival de rock, accompagnement associatif local
  • 2001 : Le Loup Blanc, agence événementielle à Niort.
  • 2004 : co-programmateur de la Nef à Angoulême, co-organisateur de la Garden Nef Party.
  • 2008 : écriture du projet Sirène
  • 1er avril 2011 : ouverture de La Sirène dont il est le directeur
  1. Do it yourself = Fais-le toi-même
  2. Jeunesses musicales de France
  3. Capitale du muscadet
  4. En 2009 dans le cadre d’une Délégation de Service Public. L’association XLR a été renouvelée en octobre 2017 par la CdA pour la période 2018/2025
  5. Label Scène des musiques actuelles.
  6. Grinderman, formation dont Nick Cave annonça la fin lors d’un concert en décembre 2011 : « C'est la fin de Grinderman. Rendez-vous dans à peu près... 10 ans, quand on sera encore plus vieux et moches. Bonne nuit ! »

Dernière mise à jour : 29 avril 2022

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