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Emilie Yakich

Venue au monde sous une pincée de tuiles des bords de Garonne, son enfance s’est jouée au village de Mas-Grenier où la Lomagne s’approche de Montauban et d’où les jeunes s’en vont « pour étudier à Toulouse », comme on dit là-bas.

Publication : mars 2022 / Texte : Elian Da Silva Monteiro / Photo : © Julien Chauvet

Diplôme empoché, ce doit être un vent de sud, ce diable d’autan, dont on dit aussi qu’il rend fou qui a dû souffler pour la voir arriver en pays de franche folie, justement. Ni cette ville, ni ce festival qui y est ancré ne s’en plaignent. En vingt ans Emilie Yakich s’est épanouie ici et avec lui, jusqu’à devenir une femme qui compte parmi les francofous. Et dans l’organigramme, l’énergique coordinatrice générale de l’affaire.

En 2002, cherchant un stage de fin d’études, j’ai candidaté aux Francofolies de La Rochelle, sans connaître les Francofolies et sans connaître La Rochelle, sinon par les médias. J’avais en tête les images de cette belle association des deux, de ce patrimoine avec ce festival en cœur de ville. La Rochelle avait la bonne dimension pour moi, pas trop grande mais dynamique. J’ai ce souvenir d’être venue en repérage pour me loger. C’était un dimanche, je me suis garée sur le parking St-Jean-d’Acre. Depuis la tour de la Chaîne, entrer en piéton sur le port, c’était magique, éblouissant. Puis tout s’est bien accordé, tout était pratique, simple, accueillant.

Vous vous souvenez de vos premiers pas avec les Francos ?

J’ai commencé au service des partenariats pour mettre en œuvre les opérations en direction du public, des entreprises, l’accueil des cessions du Chantier des Francos. J’aimais bien les réunions avec Jean-Louis Foulquier qui nous donnait l’intention générale. Gérard Pont fonctionne un peu de la même manière, c’est-à-dire qu’il va parler de ce qu’il a vu, découvert, de ce qui le préoccupe. Ça permet de construire ce que chacun devra porter pour le festival.

J’ai eu la chance de connaître cette équipe historique. C’était l’année où Jean-Louis a annoncé qu’il partirait en 2004, alors en 2003 je me suis dit que j’étais prête à accueillir la nouvelle équipe qui allait arriver. J’avais un petit bout du passé et je voulais être actrice du projet à venir. J’ai travaillé sur Les Enfants de la Zique, la ressource chanson pour les enseignants, qui m’a permis de parfaire ma culture musicale. J’avais donc un pied sur les partenariats, très pragmatique, et l’autre dans l’action culturelle avec pas très loin le Chantier des Francos.

Au cœur de l’équipe permanente, quel est votre rôle ?

Fin 2020 on a mis en place une codirection et défini tout un travail collaboratif pour réécrire ce que l’on voulait vraiment défendre quand il faut faire des choix, par exemple face à l’adversité de la crise sanitaire. Créer les Francos alternatives en juillet 2020 pour les jeunes artistes, c’était défendre l’émergence, accompagner les jeunes artistes et leur permettre de faire leurs premiers pas sur scène. Nous avons donc monté un projet plus social, solidaire, populaire, avec une dimension environnementale d’un territoire que l’on veut protéger et valoriser, notamment en travaillant sur la mobilité douce.

Dans ce contexte, à la coordination générale je dois m’assurer que l’on tient bien la ligne des engagements écrits par l’équipe. On a aussi mis en place des labos que j’anime pour réfléchir ensemble et de façon transversale sur tous ces sujets afin de faire émerger des idées. Le 31 janvier il y a eu un labo à la Maison des Ecritures avec les Rochelais, festivaliers ou non, afin qu’ils puissent réfléchir avec nous aux Francofolies demain.

Justement, demain, les Francos ?

C’est défendre un projet qui soit plus lisible sur l’année à travers une saisonnalité. En automne tout ce qui est Francos Educ, intervention auprès des scolaires, formation et ressources des enseignants ; fin décembre l’annonce des premiers noms du festival ; en janvier la sélection des jeunes artistes du Chantier et le programme qui court sur le printemps ; en juillet on retrouve tout ça sur le festival. Les Francos demain c’est cette temporalité, et une démarche d’amélioration continue sur l’humain et l’environnement.

« Je crois en la nécessité de tendre sa main aux autres pour les accompagner dans leurs premiers pas »

Quelle est la singularité de cette « promo » d’artistes 2022 ?

Deux évidences : la première c’est qu’il y a beaucoup de femmes, le Chantier révèle le fait que plus de femmes osent ; l’autre c’est qu’il y a beaucoup d’indé, des artistes en autoproduction ou avec des petites structures. Une tendance de la musique aujourd’hui.

« Chanson française », cela a-t-il encore un sens ?

Dans ce terme il y a toujours eu une connotation « variété », et de plus en plus d’artistes se revendiquent de cette variété dans le sens de leur ouverture au plus grand nombre. Mais on emploi plutôt aujourd’hui le terme de « scène française », plus juste pour désigner les artistes qui se produisent aujourd’hui et on n’est pas nécessairement dans des constructions de chanson traditionnelle avec le rap, cette musique urbaine qui est venue mélanger refrain, couplets, mélodie, d’autres formes avec une tendance de retour du texte en français malgré tout.

Dans les Francofolies à venir, si vous ne deviez voir qu’un concert, quel serait-il ?

Déjà, si j’arrivais à voir un concert en entier, je serais contente ! (rires). Mais j’ai envie de mettre en avant les artistes du Chantier, c’est une chance infinie que le festival présente autant de jeunes que les Rochelais peuvent découvrir en avant première et qui peuvent potentiellement avoir du succès.

Après, il y a Aldebert, artiste généreux et qui propose quelque chose d’extrêmement bonne qualité, des textes pertinents, c’est un vrai concert pour les enfants et les familles. C’est mon coté maman, je l’ai expérimenté avec mon fils et ça marche ! 

En dehors des paroles avec de la musique, la vie, c’est quoi ?

Rencontrer de nouvelles personnes, oser de nouvelles choses, alimenter sa curiosité… Les Francos proposent ça, aussi. Etre ensemble, débattre, être d’accord, pas d’accord, et soucieux de ce que pense l’autre. On a besoin de ça pour construire une société dans sa diversité.

Repères

  • 6 décembre 1978 : naissance à Montauban (82)
  • 1992 : la mère d’une amie résidant à Paris, l’amène au spectacle. Une découverte ; Formation en école de commerce, jeunesse engagée dans le milieu associatif
  • 2002 : diplômée de Toulouse Business School, arrive en stage aux Francofolies au service des partenariats du festival
  • 2003 : au service action culturelle 
  • 2005 : devient responsable du service action culturelle et développe le Chantier
  • 2009 : création de Francos Educ
  • 2016 : participe à la création de la Confédération des Francofolies
  • 2021 : devient codirectrice du projet Francofolies, garante du respect des engagements définis par l’équipe.

Dernière mise à jour : 24 février 2022

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