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Yannick Bestaven

« Ça fait chaud au cœur de savoir que lorsqu’on est en difficulté, des gens passent des nuits à vous chercher. » Yannick Bestaven a fait partie de ces “gens“ grâce à qui Kevin Escoffier est en vie pour le dire. Le navigateur naufragé a pu serrer dans ses bras le skippeur vainqueur à son arrivée aux Sables-d’Olonne.

Publication : mars 2021 / Texte : Elian Da Silva Monteiro / Photo : © Jean-Marie Liot / Maître Coq et Jean-Louis Carli / Alea / Maître Coq

Le Rochelais filait parmi les tout premiers du Vendée Globe lorsqu’il s’est détourné pour porter secours en plein océan Indien. Cela lui a valu 10h15 de compensation. Mais sa victoire, il la doit à sa longue expérience, son équipe, son bateau et à un rêve d’enfant…

Ou plutôt un authentique rêve de marin ?
Un peu des deux, mais j’y pense depuis très jeune. Tous les grands marins qui m’ont précédé m’ont donné le goût de faire le tour du monde… Yves Parlier, Titouan Lamazou du côté d’Arcachon ou Pierre Follenfant à La Rochelle, m’ont montré le chemin, m’ont fait rêver et donné l’envie de faire ça.

À l’arrivée aux Sables vous sembliez comme abasourdi…
Bien sûr on est assommé, quand nos rêves se réalisent, on ne comprend pas trop ce qui se passe. C’est tellement rare qu’on est abasourdi, oui, et on l’est aussi par la fatigue autour du monde, par le feu d’artifice à l’arrivée. Aujourd’hui encore, j’en reste abasourdi !

Quel a été le moment le plus dur ?
Sans hésitation, lorsqu’il a fallu se mobiliser pour retrouver Kevin Escoffier sur son radeau de survie. Ça a été une nuit en enfer passée à le chercher. Quand on arrive sur zone et qu’on ne trouve rien, on cherche une aiguille dans une botte de foin, on imagine le pire. Alors ça fait un bien fou quand on apprend qu’il est sain et sauf. C’est une responsabilité que tous les humains ont les uns envers les autres et ce qu’on a fait en mer on l‘aurait fait à terre de la même façon. Je me vois mal gagner la course avec un copain qui manque à l’appel au retour. Et puis, on s’imagine aussi le jour où ça peut nous arriver…

… et moment le plus beau ?
Si on enlève la ligne d’arrivée, c’est le passage du cap Horn. Passer le cap en tête du Vendée Globe, ça restera toute ma vie dans ma mémoire !

Une course c’est un homme solitaire, c’est aussi un bateau, que diriez-vous du vôtre ?
Qu’il m’a ramené à bon port, qu’il a été bien préparé, qu’il a été fiable. C’est un bon cheval !

Et de vous-même, que diriez-vous ?
Que j’ai certainement grandi. J’ai plus de maturité, une meilleure connaissance de soi, l’expérience de situations et de nombreuses navigations. J’ai appris à me surpasser. Mais c’est aussi un travail d’équipe et j’ai su gérer la course grâce à cette équipe qui m’a donné les moyens d’y arriver.

En gagnant vous avez aussi fait gagner La Rochelle. Mais n’y a-t-il pas un autre prolongement à gagner : ce projet que vous défendez depuis très longtemps d’un pôle de préparation à la course au large ?
Je prépare des bateaux, depuis 1998, à La Rochelle, capitale de la course au large dans les années 80, avec tous les marins dont on a parlé et des projets de construction, des gros chantiers, des entreprises de nautisme qui se sont développées autour de ça. J’ai tenu à garder mes projets sur La Rochelle même s’il n’y avait plus de structure d’entraînement comme en Bretagne. Ma famille et mon entreprise sont ici, donc je ne me voyais pas déplacer mon projet sportif ailleurs. Mais La Rochelle manque de structure d’entraînement et préparation. Je pense qu’il y a plein de marins qui méritent d’être sur le Vendée Globe et d’avoir une structure pour les aider à y parvenir. Je veux tout faire pour qu’on trouve des solutions techniques et financières. Je pense que maintenant tout le monde est là pour développer ça, Ville, Département, Région… Tout le monde a compris que ce domaine peut servir le bassin d’emploi pour les entreprises nautiques, attirer de nouveaux sponsors, des investisseurs, donc favoriser l’économie de la Ville.

Où en est Watt&Sea, votre hydrogénérateur* ?
C’est une entreprise qui va bien. Elle est directement issue de la course au large qui peut créer des métiers et développer des innovations comme on l’a fait. On équipe maintenant les bateaux de plaisance, on exporte et tous les bateaux du Vendée Globe sont équipés de nos produits. C’est devenu l’indispensable sur les bateaux de course.

Qu’espérez vous encore ?
Continuer à naviguer sur ce beau bateau avec toujours autant de passion et s'entraîner pour la Route du Rhum et la Jacques-Vabre à venir. On va tous ensemble réfléchir à la suite qu’on va donner à tout ça.

Quelque chose a changé dans votre vie depuis le 28 janvier ?
C’est un peu tôt pour le dire mais oui, certainement. Ça donne un peu plus de notoriété sinon je vais continuer à vivre de la même façon, à voir mes amis de la même façon… (rires)

 

*Remplace avantageusement le gasoil sur les bateaux. Ingénieur sensible aux énergies renouvelables, Y. Bestaven a codéveloppé cette hélice immergée à l’arrière qui tourne grâce au mouvement et à la vitesse du voilier assurant sa totale autonomie en mer

Repères : 

  • 1972 - Naissance à Saint‑Nazaire
  • 1996 /1998 - Participation aux Championnats du monde J24
  • 1998 - Installation à La Rochelle
  • 1999 - 1er de la course de l'Europe avec Yves Parlier et Ellen Macarthur sur Aquitaine Innovations
  • 2001 - Vainqueur Mini‑Transat 6.50 sur prototype auto-construit
  • 2008 - Premier Vendée Globe (Démâtage dans le Golfe de Gascogne) à bord d'un monocoque privilégiant le énergies renouvelables
  • 2011 et 2015 - Remporte la Transat Jacques Vabre
  • 2017 - Acquiert un Imoca et démarre la campagne vendée Globe 
  • 2020 / 2021 - 28 janvier 2021, Vainqueur du Vendée Globe sur Maître Coq IV, il boucle sa course autour du monde en 80 jours 3 heures 44 minutes et 46 secondes. 

Dernière mise à jour : 17 janvier 2022

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